La danse cubaine initie sa "bataille pour la modernité" en 1959, peu de temps après le triomphe de la Révolution, moment où ont été créés le Département de Danse Moderne du Théâtre National et, plus tard, l’Ensemble de Danse National de Cuba, dirigé par le chorégraphe Ramiro Guerra. Il a été le premier maître de ballet et chorégraphe cubain qui a assimilé tout un héritage universel sans préjugés et qui réalise encore un travail permanent de recherche théorique.
La voie ouverte par Ramiro Guerra a permis l’arrivée de ses disciples qui, de différentes manières, ont contribué à la formation de la "technique de la danse moderne cubaine", d’une école, et aussi d’un style avec lequel nos artistes se sont formés au cours de toutes ces années.
Il n’a existé qu’une seule une compagnie de danse les premières années, la Compagnie Nationale de Danse. C’était une période de recherche identitaire expressive - du mouvement, de technique, interprétative et de composition - qui mêlait la sonorité des tambours, l’hérédité du potentiel africain et espagnol à la culture cubaine. Depuis la fin des années 80, la danse cubaine a commencé à ouvrir de nouvelles voies de création en se dirigeant vers la danse contemporaine. Actuellement, la danse contemporaine à Cuba a réussi à légitimer ses intérêts, en coexistant avec la tradition, le développement et la préférence du public pour le ballet académique (ce qui peut s’expliquer par l’influence et le pouvoir réel d’Alicia Alonso).
A Cuba, le projet culturel de la Révolution appuie et centralise de manière officielle la formation des professionnels de la danse et, leur emploi en sortant des écoles d’arts. Il n’existe pas de compagnies indépendantes dans le pays et tous les artistes sont liés, d’une manière ou d’une autre, au Ministère de la Culture. Ainsi que toutes les actions culturelles organisées par des institutions appartenant au Ministère de la Culture comme : les festivals, les évènements, les saisons etc.. pour les artistes professionnels ou les amateurs de la danse.
De tous les évènements les plus importants en danse contemporaine à Cuba, on peut citer le Festival Los Días de la Danza qui a lieu à la fin du mois d’avril et la Rencontre Internationale de Danse Habana Vieja : Ciudad en Movimiento (semaine sainte). Les deux festivals orchestrent leur programmation avec les meilleures propositions de danse cubaine et invitent des artistes étrangers.
En 2008 a été réalisée la première Biennale de Danse Contemporaine des Caraïbes à la Havane avec la participation de 11 oeuvres d’artistes des Caraïbes et de nombreux invités internationaux. La Biennale est une initiative de CulturesFrance, agence française pour l’échange culturel, en association avec le Ministère de la Culture de Cuba. La Biennale naît avec un caractère itinérant dans la région en suivant la trace des six précédentes biennales que Culturesfrance a réalisé en Afrique et l’océan l’Indien. La deuxième édition de la Biennale sera aussi célébrée à La Havane entre le 23 et 28 mars 2010 avec Noel Bonilla-Chongo en tant que directeur artistique. Pour plus d’informations consulter http: // www.culturesfrance.com/afrique-caraibes-en-creation/presentation/de4.html
Les autres évènements, qui présentent la jeune danse contemporaine cubaine, sont les concours et la présentation Solamente Solos y Danzan Dos, qui ont lieu tous les deux ans. Les deux événements sont célébrés pendant cinq jours au mois d’octobre en dehors de La Havane. Le premier a lieu à Ciego de Avila et le deuxième à Matanzas. En étant des concours dédiés à des artistes cubains, son importance est significative en tant que plate-forme de présentation des jeunes voix de la danse contemporaine cubaine, tout en étant un espace de présentation d’artistes étrangers invités à la présentation hors concours.
Le Théâtre Mella de la Havane dispose d’une programmation permanente de spectacles de danse contemporaine. En plus d’être le siège principal du Festival Los Días de la Danza, il programme dans sa salle les saisons de compagnies nationales et internationales qui souhaitent se présenter à Cuba. D’autres salles dans le pays, comme les théâtres Guaso (Guantánamo), Heredia (Santiago de Cuba), Bayamo y Manzanillo (Granma), Principal (Camaguey), Terry (Cienfuegos), La Caridad (Santa Clara), Sauto (Matanzas), Milanés (Pinar del Río), etc.., accueillent des saisons et des tournée des groupes nationaux et internationaux.
Les restrictions financières de Cuba l’empêchent d’assumer le financement pour la circulation des artistes, des enseignants et des professionnels de la danse depuis et vers Cuba. La plupart des projets d’échange, ainsi que la présence dans des festivals et dans des saisons spéciales d’artistes étrangers sur les scènes cubaines, découlent des procurations des propres artistes. De même, des soutiens logistiques et de production d’agences de coopération, de services culturels des ambassades ou des propres gouvernements, ont facilité beaucoup d’actions. Ainsi, on peut citer le sutien de l’Agence Espagnole de Coopération Culturelle et le Bureau de l’Union Européenne de Cuba avec ses Concours pour des projets de Création ; le British Council, l’Institut Goethe, l’Alliance Française, la Fondation Brownstone, etc..
Il existe 49 compagnies professionnelles de danse appartenant au Conseil National des Arts Scéniques , dont 19 de danse contemporaine, 5 de ballet et le reste de danses traditionnelles et folkloriques. Beaucoup d’artistes professionnels proviennent du mouvement amateur.
Dans pratiquement toutes les provinces du pays il y a des groupes de danse contemporaine, mais La Havane est son centre principal de développement et de promotion. Des compagnies de danse contemporaine de Cuba les plus importantes, on peut citer DanzAbierta, Danza-teatro Retazos et Danza Combinatoria, de part leur intérêt pour la recherche et leur apports au discours chorégraphique contemporain.
Tous les artistes de la danse liés au Conseil National des Arts Scéniques, reçoivent un salaire mensuel en pesos cubains. Le salaire est de dix à trente dollars, en relation avec le niveau et la catégorie artistique (trente dollars est l’équivalent du salaire d’un scientifique ou d’un médecin). La crise économique permanente qui traverse Cuba a provoqué un exode des talents et beaucoup de professionnels de la danse doivent travailler comme enseignants dans différents centres d’enseignement artistique du pays.
Le Conseil National des Arts Scéniques (CNAE) dépend du Ministère de la Culture qui s’occupe de la danse et du théâtre professionnel. Il paie et représente juridiquement les artistes ; assume la production, la promotion, la circulation et la programmation des spectacles.
Les danseurs formés à Cuba ont une technique puissante. De ce fait, Cuba est devenu une des meilleures places de présentation de la danse au monde. De part une formation d’une dizaine d’années, les enseignants garantissent la formation d’interprètes hautement préparés. Le manque de ressources dans les écoles, la quasi inaccessibilité à l’information actualisée ou à Internet, le peu de confrontation des danseurs et chorégraphes lors des évènements internationaux, etc.. a limité la volonté de l’artiste cubain à défier créativement le présent. Cependant, on peut toujours parier sur la danse Cubaine, par goût du risque, de la recherche et de la spéculation chorégraphique.
Le Conseil National des Arts Scéniques et l’Union des Écrivains et des Artistes de Cuba organisent des rencontres sur la base d’ateliers et de débats-analyses entre critiques, chorégraphes et danseurs pour renforcer le dialogue. La réflexion et la recherche témoigne du développement chorégraphique. Les ateliers précèdent en général les productions de danse.
Il existe quatorze écoles de niveau élémentaire (des élèves entre 9 et 14 ans), cinq pour le niveau moyen (entre 14 et 18 ans) et la Faculté de Danse de l’Université des Arts (ISA), avec des diplômes de licence en danse contemporaine, en ballet et en danses folkloriques. On peut suivre, au sein de l’ISA, un cours de maîtrise en Art, avec la mention Danse et un doctorat en Sciences de l’Art.
Le niveau éducatif, d’instruction et culturel de la population cubaine est très élevé en comparaison avec la moyenne générale du reste des pays latino-américains. Cette situation se reflète par la qualité des publications culturelles et les revues sur le marché (malgré la contingence et les limitations économiques pour financer la production).
danzar.cu est la principale publication cubaine dédiée à la danse contemporaine. Elle est éditée par le Conseil National des Arts Scéniques et est dirigée par le professeur et critique de danse Noel Bonilla-Chongo. Bonilla travaille comme Conseiller pour la Danse au Conseil National des Arts Scéniques du Ministère de Culture, lieu où il organise la programmation de danse sur les scènes cubaines. danzar.cu, a une version imprimée et d’autres versions digitales sur le site internet www.danzarcu.cult.cu.
Il y a d’autres publications dédiées à la promotion de la danse comme Cuba en el Ballet y Tablas. Alors que les publications culturelles comme Gaceta de Cuba, Revolución y Cultura, La Jiribilla, El Caimán Barbudo, Temas, etc…, dédient dans leurs sections de critique des espaces pour la danse. Le Ballet National de Cuba alimente la page internet www.balletdecuba.cult.cu.
Une production éditoriale encore discrète a assumé la publication de textes importants des auteurs Ramiro Guerra, Michel Cabrera, Fidel Pajares, Francisco Rey Alphonse, de Robert Méndez, etc.., où on peut trouver une information historique et théorique à propos de la danse cubaine et universelle.
Texte de : Noel Bonilla-Chongo, juillet 2009