Le Paraguay, décrit par l’un de nos grands poètes comme "l’île de terre rouge", est situé au coeur de l’Amérique latine, au croisement des chemins du MERCOSUR. Sa population, d’environ 5.400.000 d’habitants, est fortement influencée par la culture guaraní et a récemment subi un exode massif vers d’autres pays comme l’Espagne et les Etats-Unis, à la recherche de meilleures opportunités. Les langues officielles sont l’Espagnol et le Guarani.
Actuellement, le Paraguay fait front à une période de changements. Pour la première fois en 2008, un parti progressiste a pris place au gouvernement, mettant fin à 61 ans d’hégémonie du Parti Colorado, dont 35 ans de dictature de Stroessner. Pendant cette longue période, il y a eu, au sein du pays, une situation d’"obscurité culturelle" qui laisse place à un avenir rempli d’espoir mais aussi d’incertitudes.
La danse contemporaine
Depuis ses balbutiements, la Danse Contemporaine au Paraguay "apparaît et disparaît", en raison des importantes difficultés auxquelles le secteur doit faire face : un manque de recours pour la production, des espaces insuffisants ou l’exode à l’étranger des créateurs à la recherche de meilleures opportunités. La raison la plus importante reste l’insuffisance des compromis des autorités concernant la recherche de solutions, l’implantation de programmes culturels et la création de lois d’encouragement à la culture.
Il est important de souligner que le milieu de la danse s’efforce à maintenir une production autogérée et à engager des voies alternatives.
Contextes de présentation
Il existe actuellement une programmation de danse, appelée Asunción-Danza, qui est organisée par le Département de la Danse Contemporaine de l’Institut Municipal d’Art.
Il n’existe aucun autre festival présentant la danse contemporaine, ce qui est principalement lié à deux motifs : le manque de soutiens financiers, de recours et le manque de productions locales en raison des crises socio-économiques et de l’exode des créateurs. Cependant, actuellement et d’une occasionnellement, des propositions de création surgissent et de petites présentations de danse de compagnies locales ont lieu.
Les compagnies et groupes
Au Paraguay, il existe uniquement deux compagnies de danse qui bénéficient de subventions régulières de l’état : La Compagnie de Ballet Classique et Moderne Municipale et le Ballet National du Paraguay. La Compagnie de Ballet Classique et Moderne Municipale invite régulièrement des chorégraphes contemporains pour diriger les présentations de ses saisons annuelles et inclut parfois une saison de créations nationales avec des chorégraphes locaux, sélectionnés par convocation.
Le Ballet National du Paraguay, créé en 1992, se compose d’une compagnie de danse contemporaine pour laquelle de nombreux chorégraphes nationaux et internationaux ont travaillé. Le Ballet National réalise une ou deux productions annuelles dans la recherche de nouveaux langages, développe le cycle appelé la "Danse Jeune" pour des écoles locales et réalise des tournées sur le territoire paraguayen.
Les compagnies indépendantes qui existent actuellement sont : Proyecto Tierra Sin Mal, Grupo Nhi Mu (danse-théâtre), la Cia Intermitente (danse contemporaine et arts intégrés) et la récente compagnie de danse comporaine Otra Piel.
Les chorégraphes les plus importants du Paraguay (en incluant ceux qui résident à l’étranger) sont : Mary Carmen Niella, Norma Espínola, Marcela Aldávez, Alejandra Diaz Lanz (Argentine/Paraguay), Natalia Fuster, Diana Fuster, Marisol Pecci, Juan González (Chilien résident au Paraguay), Gloria Oviedo, Edith Correa , Marisol Salinas (Panaméen résident au Paraguay), Sergio Núñez (Chilien résident au Paraguay), Cinthia López, Robson Maia (Brasilien résident au paraguay), Norma Santacruz et Wal Mayans.
Politiques culturelles
En 2006, une Loi Nationale Culturelle a été approuvée grâce au travail des collectifs indépendants. Cela a abouti en 2007 à la création du Secrétariat National de la Culture et aux prémices d’un Plan National Culturel qui, bien qu’il n’ait pas encore été mis en pratique en raison de l’insuffisance des recours, envisage pour la première fois un Plan pour la danse dans le pays. Le secteur de la danse a activement participé à ce processus par l’intermédiaire de l’organisation de la plate-forme Foro Paraguay Por la Danza (le Forum le Paraguay Par la Dans). Cette plate-forme a rejoint d’autres organisations culturelles pour créer la "Coalition Paraguayenne pour la Diversité Culturelle".
Le Fond National de la Culture et des Arts - FONDEC et le Fond Municipal des Arts sont des institutions qui appuient partiellement la production culturelle. Les demandes de subventions peuvent être présentées par une même compagnie tous les deux ans. La subvention ne couvre pas le cachet des auteurs de la requête.
Les services culturels étrangers, notamment ceux d’Espagne, de France et d’Allemagne, rendent sporadiquement possible la venue de chorégraphes contemporains, et octroient de temps à autres des subventions pour des productions de création et / ou des échanges culturels.
Lors de ces 3 dernières années, un échange important a été réalisé avec l’Espagne par l’intermédiaire de l’action du Centre Culturel d’Espagne Juan de Salazar, de l’AECID et de l’Association Culturelle Crear en Libertad - ACCEL, en établissant un programme de formation, de création et de Conseil en actions associatives
Formation
Au Paraguay, il est actuellement possible de se former à la profession d’interprète et de professeur de danse à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts - ISBA, qui intègre la section Danse Contemporaine, d’Improvisation et de Composition dans son programme de formation. Cette institution procède actuellement à l’officialisation du diplôme de licence du secteur Danse, en collaboration avec l’Institut Universitaire National des Arts - IUNA d’Argentine.
Il existe également un diplôme professionnel d’Interprète en danse Contemporaine au sein de l’Institut Municipal des Arts / Danse, à l’issue d’un cursus de 3 ans, qui inclut la technique, la composition et l’improvisation, sur une initiative de Dominique Von Thuemen (Allemagne - Paraguay), Mario Bugueño (Chili - Paraguay) et Carmiña Martínez.
Histoire
Au Paraguay la danse moderne s’initie avec la venue de l’Allemande Doris Dorée, (dont on dispose très peu de connaissances) et d’Erika Millée, élève de Rudolf Von Laban et danseuse de Kurt Joss. Erika a été une pionnière de la danse moderne et de la danse académique, de par son esprit ouvert, créateur et novateur.
Dès les années 50, la danse au Paraguay a été structurée par la venue de l’Italienne, Gemma Frangioni, et de deux maîtres de ballet russes, Tala Ern de Retivoff et Agripina Voitenco. Elles ont formé toute une génération de danseurs classiques qui perpétuent actuellement la tradition au Paraguay.
La Danse Moderne réapparaît dans la décennie des années 80 avec le retour au pays de Marie Retivoff, Marie ("Maka"), qui a créé le Ballet Moderne Municipal, avec un répertoire de créations modernes et expérimentales, qui s’est converti plus tard en l’actuel Ballet Classique et Moderne Municipal, de vocation classique avec quelques créations contemporaines.
En 1986, un mouvement important pour la danse nationale du Paraguay a été engendré, suite à la création de la Compañía Paraguay de Ballet, à l’initiative d’un groupe de danseurs locaux dont a fait parti Alejandra Diaz, chorégraphe argentine. A partir de cette initiative, la première fondation pour l’art a été légalement créée dans le pays : la Fundación Pro-Ballet qui a ensuite permis la création du Ballet National du Paraguay en 1992.
Au cours des années 90, un mouvement a été généré autour de la FA - Feria Artística de Artes Contemporáneas (Foire Artistique d’Arts Contemporains) et Crear en Libertad (Créer en liberté), présentation Internationale de Danse Contemporaine et de Danse-Théâtre.
Lors des deux éditions de la FA, en 1998 et 1999, dirigées par Dominique Von Thuemen, se sont présentés des artistes de différents courants issus des univers de la musique, de l’architecture, de la danse et des arts plastiques. La FA s’est achevée avec le départ de Dominique Von Thuemen du pays.
La présentation Internationale Crear en Libertad, à l’initiative de la chorégraphe Alejandra Diaz, a existé de 1996 à 2004. Lors ses différentes éditions, les artistes de 8 pays ont participé, divers ateliers, conférences etc… ont été offerts et des espaces ont été ouverts pour permettre un travail en réseau, avec l’intégration du Réseau Culturel MERCOSUR, et le Réseau Sud-américain de Danse.
Texte écrit par : Alejandra Diaz, avril 2008