L’Uruguay est un pays de 3 millions d’habitants dont la moitié vit à Montévidéo, capitale du pays. L’Uruguay a bénéficié d’un développement économique et culturel prometteur jusqu’à la moitié du XXe siècle. Celui-ci s’est arrêté au moment où la dictature s’est établie. L’état a donc continué sa gérance avec la même structure interne du début du siècle, avec un profil caudillista accentué, lequel est promu par ses deux partis traditionnels (Blanco et Colorado), et sans budget approprié au secteur de la culture, ce qui lui permettrait de développer des politiques culturelles claires et d’appuyer la production et la circulation de l’art national.
Actuellement, l’Uruguay est gouverné, pour la première fois, par le parti progressiste. Le MEC - Ministère de l’Education et de la Culture, organisme officiel qui élabore les politiques culturelles du pays, a commencé à changer ses structures, en donnant au secteur culturel un rôle plus actif. En 2005-2006, une Assemblée Nationale de la Culture a eu lieu pendant laquelle ont été créés les Conseils Départementaux de la Culture (un conseil dans chacun des 19 départements qui forment l’Uruguay) et le Conseil National de la Culture, organisme qui coordonne tous les conseils. La nouvelle structure a actuellement pour objectif l’articulation d’un réseau national pour promouvoir et faciliter la communication et la circulation interne fluide, la réalisation de projets conjoints et la décentralisation d’activités dans tout le pays, actuellement centralisées dans la capitale. Le secteur Culturel a réorganisé ses centres culturels à Montévidéo, coordonnés depuis son espace Plataforma, et programme l’ouverture de centres culturels dans différentes villes à l’intérieur du pays pour 2007 et 2008.
L’ADDU - Association de Danse d’Uruguay, corporation de la communauté de la danse créée en 2001, a récemment élaboré un Plan National pour le Développement de la Danse avec l’appui du Réseau Sud-américain de Danse (à partir des résultats d’une première Convention Nationale de la Danse - fin de l’année 2004). Ce plan embrasse distincts aspects relatifs au secteur (éducation, création, production, législation, etc..) ; il est partiellement discuté dans différents secteurs à l’intérieur de la structure Étatique et dans un domaine indépendant.
D’un autre côté, les organisations culturelles travaillent ensemble à la construction de nouvelles bases pour son développement, en encourageant la loi du Mécénat et de la Sécurité sociale pour les artistes, les deux aspects étant en cours de processus actuellement. En 2006 le MEC a créé des fonds attribués sur concours selon les candidatures pour la promotion artistique culturelle. La Danse possède pour la première fois des ressources pour la production et la circulation nationale.
La production culturelle est presque exclusivement générée par la capitale, où la danse contemporaine est centralisée. Celle-ci compte quelques foyers en développement dans d’autres villes comme Maldonado, située sur la côte est du pays, où s’établissent actuellement des plans d’éducation et de circulation qui promettent de futurs échanges importants.
L’unique compagnie de danse d’Uruguay est le Ballet National, compagnie de ballet classique qui dépend de l’organisme officiel SODRE (le Service Officiel de Diffusion de Radiotélévision et de Spectacles), duquel dépend aussi l’unique école officielle de danse, qui offre une formation de folklore et de ballet. Il n’existe pas de formation formelle en danse contemporaine. Le gouvernement de Montévidéo accorde annuellement un nombre réduit de bourses pour l’étude de la Danse Contemporaine dans les académies privées de la capitale, les espaces d’éducation et la production de la danse contemporaine.
De 2003 à 2005, un Plan Pilote Universitaire de Danse Contemporaine de 2 ans a été mis en place ; ce Plan a disposé de la présence de spécialistes de l’IUNA - l’Institut Universitaire National des Arts de Buenos Aires. Actuellement, un projet de Licence Universitaire en Danse est discuté au sein de l’université, avec la promesse d’être mis en application pour 2008.
L’insuffisance d’espaces formels pour la recherche et la formation a abouti à la création d’initiatives indépendantes initiées par des groupes d’artistes qui se réunissent pour trouver des espaces de recherche sur les diverses doctrines. Par exemple, le Groupe d’Étude et de Recherche Cuerpo y Tecnología (Corps et technologie) a été créé en 2006, avec l’accord de l’Institut École Nationale de Beaux Arts de l’Université de la République, et le soutien du Projet Plataforma du Ministère de l’Education et de la Culture. Coordonné par le Professeur Diego Carrera, il a pour objectif le ressemblement des informations de ces matières, spécialement pour la vidéodanse et développer une connaissance à ce sujet.
La danse contemporaine d’Uruguay est indépendante et l’a toujours été depuis qu’elle a commencé à se développer dans les années 50. Le premier groupe de danse moderne, qui a vu le jour en 1956, est le Ballet de Cámara de Montévidéo, toujours actif et dirigé par Hebe Rosa. Dès lors, la danse a évolué vers de nouveaux objectifs techniques et esthétiques. Les artistes ont intuitivement créé des alternatives d’autogestion pour développer leur travail. Dès 2002, l’expérience du Réseau Sud-américain de Danse a été précieuse pour sa démocratisation de l’information et son apport concernant les méthodologies de travail collectif, en stimulant de nouveaux regards pour le développement du milieu et en fiabilisant l’articulation des acteurs culturels locaux et régionaux.
Il existe actuellement trois festivals en Uruguay qui présentent de la danse contemporaine, chacun ayant une programmation internationale. FIVU - le Festival International de Vidéodanse d’Uruguay qui est intégré au Circuit de Vidéodanse du Mercosur (CVM) et qui est dirigé par Tamara Cubas, actuellement directrice de l’espace Plataforma du secteur culturel du MEC. Le festival est produit par le collectif d’artistes Perro Rabioso et stimule l’imbrication des langages, la recherche et la circulation d’information. Il a introduit et engendré un mouvement important autour de ce genre au cours de ces dernières années : nous pouvons actuellement parler d’une production de vidéodanse uruguayenne. Le festival Montevideo Sitiada, dirigé par le chorégraphe Martin Inthamoussú appartient au réseau de festivals Ciudades que Danzan (les Villes qui dansent) et promeut la danse dans des espaces publics ; le festival développe aussi le projet Enconstrucción, plate-forme de jeunes créateurs uruguayens dans le domaine des arts scéniques. Les deux festivals ont trouvé une structure de soutien et de croissance au sein du travail en réseau.
En 2006, le Festival Internacional de Danza Contemporánea (Festival International de Danse Contemporaine) du département de la Culture du gouvernement local de Montévidéo a été réintroduit ; celui-ci avait été annulé en raison de l’insuffisance des ressources en 2001. Le festival qui essaie d’être biennal, continue ses activités avec une infrastructure instable, sans réelle équipe définie à ce jour pour sa production suivante.
Il n’existe pas de salles spécifiques pour la danse, mais il y a des espaces qui l’incluent dans sa programmation, en présentant une production nationale et internationale. À Montévideo, le théâtre Solís a une programmation internationale en perpétuelle évolution ; le théâtre Victoria et El Galpón, programment généralement de la danse nationale. Des espaces culturels comme le Centre Culturel d’Espagne, a pour habitude de programmer des activités de formation, de diffusion et une présentation d’oeuvres de danse nationale et internationale, principalement ibéroaméricaines.
Plataforma est un espace dépendant du MEC - le Ministère de l’Education et de la Culture, qui nourrit un travail intéressant pour le développement de diverses activités d’échange et de réflexion. C’est aussi un lieu alternatif de présentation pour les oeuvres qui peuvent s’adapter à son espace, une salle en béton d’une dimension de 37m x 14m.
La vidéothèque du collectif Perro Rabioso contient d’intéressantes données et informations internationales concernant des oeuvres de danse contemporaine, de vidéodanse et de performances. Il existe également deux archives d’arts scéniques qui incluent des données sur la danse ; les dernières archives sont presque exclusivement dédiées au ballet.
Les artistes uruguayens peuvent solliciter un appui pour leurs voyages à l’étranger auprès des ministères des Relations Extérieures ou de l’’Education et de la Culture, bien que les fonds destinés à la circulation des artistes soient très réduits. Les artistes étrangers qui se présentent en Uruguay, disposent généralement de l’aide de son pays de résidence pour couvrir les frais de voyage et des cachets. Concernant les agences de coopération internationales, nous pouvons citer parmi les plus actives au sein du pays, l’Institut Goethe qui, bien qu’il ne possède pas de propre espace pour la présentation d’oeuvres, a historiquement été un grand collaborateur de la danse contemporaine uruguayenne, en appuyant principalement des activités d’échange international.
Il existe un livre intitulé La Danza en Uruguay (La Danse en Uruguay), réalisé par la Commission Nationale de l’UNESCO. Il s’agit de la première tentative de compilation de l’histoire du ballet, de la danse populaire et de la danse contemporaine uruguayenne. Il n’existe aucune autre publication imprimée au sujet de la danse contemporaine nationale. Certains collectifs d’artistes répandent ces activités par l’envoi de bulletins virtuels mensuels, mais il n’existe pas de publication digitale spécifique au sujet de la danse nationale. Le site Web du Red Sudamericana de Danza (Réseau Sud-américain de Danse) et ses bulletins mensuels sont utilisés comme outil de diffusion pour la danse locale.
Bien que les conditions de ce secteur en Uruguay aient été difficiles pour le développement de la danse contemporaine au cours de ces dernières décennies, les artistes ont réalisé des recherches et ont mis en pratique diverses formes de production pour leur travail, permettant ainsi une croissance soutenue. Peut-être qu’en étant un pays peuplé et construit par des immigrants européens, la relation avec l’extérieur et principalement avec l’Europe et les États-Unis, est forte. Peut-être que la danse uruguayenne nourrit également cette ligne active de communication ce qui lui permettrait de s’actualiser.
Les racines autochtones sont indéfinies, les coutumes européennes, africaines et créoles se conjuguent dans le patrimoine collectif avec plus de force que les racines indigènes. L’Uruguay a perdu ses communautés indigènes au cours du XIXe siècle et a conservé peu de leur hérédité. Ces dernières années, des groupes se sont formés pour essayer de revendiquer et de reconstruire cette histoire. Néanmoins, cette hérédité reste faible pour la conscience collective et les traits reconnaissables de ces cultures ne se perçoivent pas actuellement dans la danse contemporaine nationale.
Texte de : Claudia Pisani, octobre 2007