Trinité-et-Tobago

La République indépendante, conformée par les îles de Trinité et de Tobago, se trouve au sud de la région insulaire caribéenne proche de la côte vénézuélienne. Après les incursions coloniales des Espagnols, des Français, des Hollandais et des Anglais, le pays est devenu un creuset ethnique formé principalement par les descendants des arrivées de l’ouest de l’Afrique, de l’Inde, et aussi de la Chine et d’Arabie. Avec une population d’un million et demi de personnes, sa capitale est Port d’Espagne, la deuxième ville par sa taille est San Fernando ; ce sont les sièges de la majorité des évènements culturels du pays.

Le pays est connu internationalement grâce à son Carnaval qui est célébré au mois de février ou de mars chaque année. Il existe quelques festivals qui sont, comme le Carnaval, souvent basés sur la tradition, la religion ou sur l’ethnicité. Quelques exemples en sont Ram LeeLa, Hosay, Divali, et le Dragon Boat Race. Les Trinidadiens ont inventé le steelpan, instrument national par excellence et unique famille d’instruments acoustiques inventée au vingtième siècle.

Depuis l’époque des Amérindiens, en passant par la période coloniale et jusqu’à ce jour, les danses traditionnelles des Caraïbes, d’Arawaks, de Tainos et de Warrahoos, en plus des danses venues de l’ouest africain, d’Inde et d’Europe, ont influencé la danse de Trinité-et-Tobago. De la décennie des années trente à celle des années cinquante, lorsque le ballet était l’unique danse à être formellement enseignée (et était seulement enseigné à un certain secteur de la société), des pionniers reconnus internationalement comme Beryl Mc Burnie et Boscoe Holder ont porté les danses folkloriques des villes aux scènes de Trinité-et-Tobago et à l’extérieur. Dans les années soixante-dix et quatre-vingts, le pionnier de la danse moderne Astor Johnson a ouvert une nouvelle dimension en fusionnant la danse moderne basée sur Graham (et Horton) avec le mouvement traditionnel.

D’autres jeunes interprètes et chorégraphes de l’époque, comme Carol La Chapelle et Noble Douglas, formés à Trinité-et-Tobago et à l’étranger, se sont faits connaître dans les années soixante-dix avec l’Astor Johnson’s Repertory Dance Theatre et plus tard avec leurs propres compagnies. Ils poursuivent leurs carrières de professeurs, chorégraphes et directeurs artistiques. Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, d’autres jeunes danseurs ont eu l’opportunité d’aller à l’étranger pour développer leurs carrières ; plusieurs ont étudié au Juilliard et à l’Ailey School de New York et ont obtenu un haut niveau de formation en ballet, danse moderne et autres styles. Quelques danseurs ont développé leurs carrières dans des compagnies comme Alvin Ailey American Dance Theater, Martha Graham Company, Garth Fagan, Elise Monte et d’autres. Certains se sont finalement établis en Europe, en travaillant principalement avec la danse Jazz.

On peut actuellement dire que la danse contemporaine reste « cachée » derrière l’esthétique la plus acceptée de la danse moderne classique basée sur Graham (et Horton), avec quelques incursions en jazz.

Principaux contextes de présentation
Il n’existe pas de festivals de danse annuels dans le pays. Tous les festivals établis tendent à être des festivals musicaux, spécialement de musique steelpan.

Nous pouvons mentionner le Prime Minister’s Best Village Trophy Competition, une initiative créée par le gouvernement en 1963 qui propose une série de présentations compétitives dans tout le pays avec pour objectif la préservation des chansons et des danses traditionnelles. L’évènement propose la catégorie de "danse interprétative" qui inclue le moderne et le contemporain. Il se présente parfois des opportunités de présentation pour les compagnies locales de danse au sein d’évènements régionaux comme le Carifesta-festival Caribéen d’Arts Créatifs, qui se produit tous les deux, trois ou quatre ans, chaque fois dans un pays différent. Carifesta est une initiative de l’organisation intergouvernementale CARICOM (la Communauté Caribéenne). Néanmoins, les gouvernements tendent à sélectionner ses danses traditionnelles pour ces évènements.

Les groupes étrangers qui visitent le pays présentent normalement leurs travaux dans au Queens Hall à Port d’Espagne ou au Naparima Bowl à San Fernando.

A propos des compagnies et du secteur danse
Le milieu de la danse est généralement dédié à son travail mais est aussi réaliste à l’égard des opportunités financières qu’offre la danse. On pourrait dire que tous les directeurs artistiques développent d’autres activités comme moyen de soutien. Certaines compagnies ont parfois des années où leur activité reste "endormie" jusqu’à ce qu’elles obtiennent de nouveaux fonds qui facilitent le retour à l’activité artistique. La compagnie Metamorphosis dirigée par Nancy Herrera est la compagnie la plus reconnue de toutes les jeunes compagnies de Trinité-et-Tobago. Nancy Herrera a étudié à l’étranger et est revenue au pays en tant que professeur de danse. Les autres compagnies de danse contemporaine sont Continuum, Standing Room Only, l’Astor Johnson Repertory Dance Theatre et NDDCI.

La majorité des compagnies et des chorégraphes travaillent avec la danse moderne classique. On peut cependant mentionner les chorégraphes Sonja Dumas et Dave Willians, qui travaillent véritablement avec la danse contemporaine.

Politiques culturelles pour la danse
En général, l’appui à n’importe quel type de danse est peu abondant. Malgré le fait que le pays soit relativement riche, la nécessité de l’appui à la danse locale n’est pas réellement compris par le gouvernement, au-delà du "Best Village Trophy”, précédemment mentionné.

D’un autre côté, le monde patronal ne distingue pas la ligne qui sépare la danse créée pour la scène de la danse montrée dans les rues lors du Carnaval, surtout si on tient compte du retour dans la publicité de l’appui à, par exemple, un groupe de Carnaval qui rassemble des milliers de personnes alors qu’une oeuvre de danse ne réunit qu’un public de quelques centaines de personnes.

Devant la difficulté d’accéder à un appui régulier, la majorité des compagnies de danse travaillent à mi-temps et de manière semi professionnelle. Normalement, elles doivent se battre activement pour obtenir un appui privé et peuvent parfois avoir la chance d’obtenir un petit appui du gouvernement. Ces fonds sont normalement utilisés pour produire une courte saison de travail (3 jours) et/ou une brève tournée si l’appui le permet.

Cependant, le gouvernement a l’habitude de pourvoir à l’infrastructure des présentations ; les deux principaux théâtres, le Queen’s Hall et le Naparima Bowl sont dépendants du Ministère du Développement, de la Culture et des Affaires Générales. D’un autre côté, l’Académie Nationale des Arts Scéniques de Port d’Espagne et l’Académie Nationale des Arts Scéniques de San Fernando sont en construction.

Un organisme gouvernemental, créé en 2006, la Trinidad & Tobago Entertainment Company Limited, offre une aide économique pour faciliter les présentations et les tournées à l’étranger des artistes de n’importe quelle discipline.

La formation
La formation en danse se trouve principalement dans des écoles privées, principalement dédiées à l’enseignement du ballet, de la danse moderne et du jazz. Nous pouvons mentionner l’École de Danse Caribéenne, l’École de Danse Bentley Potter, les Studios Linda Pollard-Lake, La Danse Caraïbe, l’École de Danse Lambert, le Théâtre de Danse Trinité et l’Académie d’Arts Scéniques de Tobago. L’école qui a formé le plus grand nombre d’interprètes, de professeurs et de chorégraphes est l’École de Danse Caribéenne, créée en 1957.

Cependant, au cours de ces cinq dernières années, un plus grand nombre de programmes ont surgi à un niveau universitaire comme par exemple Certificate Programme en Danse et Dance Education de l’Université de West Indies - UWI (voir http: // sta.uwi.edu/fhe/ccfa). Avec la prochaine création de nouveaux programmes en danse à l’Université de Trinité-et-Tobago - UTT dans les années futures, on s’attend à une stimulation dans le domaine du développement de la danse nationale, spécialement dans le secteur contemporain.

Texte de : Sonja Dumas, août 2008

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