Le Brésil, qui est le plus grand pays latino-américain, possède une diversité culturelle importante et complexe, ainsi qu’une scène artistique caractérisée par la créativité et la qualité de ses artistes. Malgré sa croissance constante, le marché culturel brésilien est encore peu exploité. L’un des principaux obstacles à sa croissance et à une professionnalisation plus importante dans ce secteur est la grande différence socio-économique de sa population, qui rend difficile, pour la majorité des brésiliens, le partage de la vie culturelle.
Au regard de la danse contemporaine ces dernières années, la spécialisation des études théoriques au sein des universités, la forte production chorégraphique à un niveau artistique et la consolidation de festivals et d’autres évènements dans tout le pays a contribué à l’émergence d’une scène privilégiée, sans précédents pour la danse contemporaine brésilienne.
La production de la danse contemporaine brésilienne est de plus en plus reconnue internationalement, non seulement grâce à de grandes compagnies comme Grupo Corpo, Quasar, ou Deborah Colker qui présentent leurs oeuvres à l’étranger depuis longtemps, mais aussi grâce aux compagnies de moindre échelle comme la Cia Lia Rodrigues, Marcia Milhazes Cia de Dança, Grupo de Rua de Niteroi, etc.., qui commencent à produire des tournées de manière régulière en europe. Les artistes indépendants, qui travaillent en collaboration ou de manière individuelle, ouvrent aussi peu à peu un chemin sur la scène internationale.
Les pôles les plus développés dans le domaine de la danse contemporaine du pays sont Río de Janeiro, São Paulo et Belo Horizonte. Il s’agit des capitales du sud-est, région la plus riche et qui attire la majorité des activités culturelles nationales et internationales. Une activité croissante existe également à Salvador, Recife et Fortaleza au nord-est, à Porto Alegre, Florianópolis et Curitiba situées au sud et dans des villes de l’intérieur des états de São Paulo, Minas Gerais, Paraná et Rio Grande do Sul. D’autres villes bénéficient d’une production en danse contemporaine telles que Goiânia, la capitale Brasília au centre-ouest et Manaus et Belém, situées dans la région amazonienne.
L’une des raisons de la force croissante la danse contemporaine au Brésil pourrait résider dans sa capacité à répondre avec créativité et vigueur face aux difficultés. Un nombre croissant d’initiatives ont surgi ces dernières années. Celles-ci sont menées par des artistes indépendants qui proposent de nouvelles formes alternatives de création, de présentation et de pensée, et qui ont engendré des travaux de collaboration, de production théorique, un mélange de langages, de discussions philosophiques, et quelques fois des actions politiques.
Deux exemples d’initiatives, parmi tant d’autres, réalisées par des artistes qui ont contribué à placer la danse contemporaine brésilienne à l’échelle internationale sont le Festival Panorama de Dança à Río de Janeiro (créé par la chorégraphe Lia Rodrigues en 1991) et FID - Fórum International de la Danse au Minas Gerais (créé par Adriana Banana en 1996). Ces deux festivals internationaux, probablement les plus importants du pays, sont devenus des foyers d’échange artistique et théorique en offrant l’opportunité de voir et même de travailler avec des chorégraphes internationaux importants. Lors des dernières éditions, ils ont également développé diverses actions en incitant la création de collaboration et la production de nouveaux travaux.
La Biennale de Dança do Ceará de Fortaleza et le Festival International de Dança de Recife, qui ont aussi lieu en octobre / novembre, se sont joints en 2005 aux festivals mentionnés ci-dessus : FID et Panorama pour créer un Circuit Brésilien de Festivals Internationaux de Danse. Lors des deux dernières années, le circuit a bénéficié de l’appui fédéral direct, modeste mais symboliquement important, qui témoigne de son importance croissante à l’intérieur du calendrier culturel brésilien.
Il y a également d’autres exemples de festivals et de rencontres qui présentent de la danse contemporaine au Brésil. Nous pouvons citer le Festival Araraquara à l’intérieur de l’état de São Paulo, qui promeut l’intégration régionale outre les grandes capitales ; le Festival Novadança de Brasília qui a des ramifications à São Paulo et à Río de Janeiro et Conexão Sul qui est une rencontre organisée par des artistes au sud du Brésil, qui engendre des discussions, des présentations et des ateliers.
La Fondation Itaú Cultural organise tous les deux ans le Rumos Dança qui est un programme d’appui à la production artistique et intellectuelle. Il s’agit d’un programme soigneusement organisé, auquel participent des chercheurs de toutes les régions du pays. Rumos culmine au Festival Rumos Dança de Sao Paulo, qui a présenté lors de sa dernière édition en 2007, 25 chorégraphies, 5 vidéo-danses inédites, le lancement d’un livre, des expositions et des séminaires.
Certaines initiatives locales rapprochent la danse des publics les plus populaires ; ce qui est le cas de Dança Alegre Alegrete, à Alegrete, ville de l’intérieur de l’état du Rio Grande do Sul et du gigantesque et très populaire festival de Joinville, dans l’état de Santa Catarina. Ce dernier est organisé comme une grande foire de la danse où se présentent des académies de danse et des écoles de tout le pays, en rivalisant dans tous les styles de danse à partir des subdivisions propres au festival. Le festival a dernièrement inclus une présentation de danse contemporaine avec des discussions, des performances et des ateliers de professionnels renommés.
En 2003, Regina Miranda a inauguré le premier centre chorégraphique du pays, le Centro Coreográfico de Río de Janeiro, dirigé par la chorégraphe. Subventionné par la municipalité, l’espace offre des salles de répétition, un théâtre et des installations pour la réception du public.
D’autres évènements importants ont été créés ces dernières années, comme le Dança e Filosofia à Río et le Festival Dança em Foco, festival international annuel de vidéo-danses qui a lieu à Río et à São Paulo ; le festival Dança em Tránsito créé par Giselle Tapias qui dirige aussi l’Espaço Café Culturel qui est un espace dédié à la danse contemporaine. À São Paulo, le Centre Culturel Banco do Brasil présente annuellement l’évènement Dança em Pauta. A Belo Horizonte, 1, 2 na Danca travaille, à moindre échelle, au rassemblement de groupes et d’oeuvres. Votorantim, petite ville de l’intérieur de São Paulo, célèbre toutes les ans l’évènement Pública Dança qui est très appuyé par la communauté et qui est organisé par les membres du collectif artistique Quadra, pessoas e idéias. Le collectif Hibridus organise aussi un festival appelé ENARCI dans la ville d’Ipatinga, état du Minas Gerais.
De plus, il existe quelques festivals internationaux de théâtre et d’art qui incluent la danse dans ses programmes : Riocenacontemporânea à Río de Janeiro, le Festival Internacional de Teatro de São José situé dans l’état de São Paulo, le Festival Internacional de Londrina situé dans l’état du Parana, Porto Alegre em Cena et le Festival Internacional de Porto Alegre situés dans l’état du Rio Grande Do Sul, le Festival Internacional de Palco e Rua de Belo Horizonte dans l’état du Minas Gerais, Cena Contemporânea - Festival Internacional de Teatro de Brasília, le Mercado Cultural de Bahia (Salvador), le Campina Grande Festival situé dans l’état de Paraiba et Goiania em Cena ne sont que quelques exemples.
Les festivals et les évènements représentent les meilleures opportunités pour les compagnies internationales qui désirent réaliser des tournées dans le pays. Ces contextes augmentent chaque année mais ils bénéficient toujours de modestes budgets qui ont besoin d’être complétés par les subventions d’agences internationales, de consulats, etc… Les autres possibilités de circulation au Brésil peuvent provenir d’invitations de participations aux circuits culturels promus par des organisations comme le Centro Cultural Banco de Brasil ou le SESC - Servicio Social del Comercio, énorme réseau de centres culturels répandus par tout Brésil avec une présence particulière au sein des états de São Paulo - avec 17 grands centres culturels - et Río de Janeiro où se trouve l’Espaço SESC, un espace important pour la danse contemporaine à Río qui dispose d’une programmation régulière d’artistes et de compagnies nationales et internationales. De plus, les compagnies étrangères peuvent accéder à des invitations pour des présentations dans les théâtres des municipalités locales ou dans des théâtres privés - commerciaux en collaboration avec des agences spécialisées ou des producteurs.
L’espace de présentation pour des compagnies étrangères est particulièrement accaparé par certains pays qui ont des programmes d’échange culturel et qui promeuvent l’échange institutionnel avec le Brésil. Les exemples principaux sont la France (Alliance Française - Culturesfrance), l’Allemagne (Goethe), le Royaume-Uni (British Council) et plus récemment l’Espagne (l’Institut Cervantes - AECI).
Il n’est pas facile de circuler à l’intérieur même du pays pour les compagnies brésiliennes puisqu’elles dépendent du prix unique et annuel de la Funarte - la Fondation Nationale pour les Arts, liée au Ministère de Culture, appelé Caravana, ou qui dépendent de la sélection des programmateurs des quelques festivals de danse présents dans le pays. Ces trois dernières années, le prix Caravana de la Funarte a permis la circulation d’environ 60 oeuvres de compagnies ou d’artistes indépendants dans environ 150 villes (en incluant certains petits villages). SESC et SESI - le Service Social de l’Industrie, offrent des circuits de pièces de théâtres pour divers états et le géant multinational de pétrole et d’énergie, le “Petrobrás” étatique, a aussi créé un programme de circulation nationale.
Pour la circulation internationale de ses artistes, le Brésil bénéficie d’un programme unique du Ministère de la Culture qui subventionne des passages pour les professionnels invités aux festivals et aux évènements à l’étranger, mais ses convocations sont erratiques et normalement lancées à la dernière minute.
Comme dans tout autre pays latino-américain, il est difficile de produire une danse contemporaine au Brésil. Lorsque les chiffres sont comparés avec ceux d’autres pays latino-américains, le Brésil semble avoir une situation plus favorable. Néanmoins, la grandeur du pays, les centaines de groupes, de compagnies et de professionnels qui travaillent dans ce secteur doivent être pris en considération, sans oublier une population de plus de 180 millions de personnes. Les subventions totales de la culture brésilienne augmentent lentement mais ils n’arrivent pas encore à 0,7 % du budget total fédéral (ce qui est largement sous le minimum de 1% recommandé par l’Unesco) et seulement une très petite partie de cet argent est destinée au secteur de la danse. Quelque chose de similaire arrive à un niveau local dans les secrétariats de la culture de différents états et de villes (seulement 4,2 % des municipalités brésiliennes disposent d’un secrétariat exclusivement dédié à la culture), qui souffrent d’un manque de personnel spécialisé dans le domaine artistique en général et au niveau du secteur de la danse en particulier. Cette situation s’est dernièrement améliorée mais un important effort politique est toujours attendu pour faire pression sur les autorités compétentes.
Malgré la situation du faible financement de la danse pour le pays, certaines des stratégies mises en place par la communauté ont rendu possible le développement de la danse ces 20 dernières années. Cela explique peut-être l’existence de plus de 50 compagnies stables, d’une centaine d’autres compagnies moins structurées et d’un nombre toujours croissant des professionnels indépendants (les concours nationaux lancés par la Funarte ont reçu autour de 350 projets pour chaque convocation).
L’appui public se manifeste de différentes formes : un appui direct au moyen de convocations publiques à l’attention des compagnies, des producteurs et des professionnels pour la circulation, la production d’oeuvres et dernièrement pour la recherche. Le Prix Funarte Klauss Vianna a accordé des allocations à environ 170 projets de compagnies et de professionnels du secteur de la danse (la majorité pour la danse contemporaine), pour une valeur approximative de 8 millions de reais (4 millions d’USD) en 2006, bien qu’en 2007 ils aient été restreints d’un peu plus d’un tiers de cette valeur. Des prix semblables avec des budgets plus réduits sont lancés dans certains états et villes. A Río, l’annulation récente d’un programme important permanent d’allocations à quelques compagnies - considéré partiellement responsable pour le leadership et la présence nationale des compagnies de l’état - a placé les dites compagnies dans une situation critique. D’un autre côté, la lutte pour de meilleures politiques publiques, dans la ville de San Pablo, a obtenu l’approbation de la première loi en établissant un programme pour le développement de la danse dans lequel les compagnies peuvent construire leurs propres stratégies et projets. La plupart du temps, les mécanismes des procédures d’appui direct ont l’habitude d’être extrêmement bureaucratiques et conditionnées par les budgets, et les changements politiques et administratifs constants qui provoquent une permanente instabilité et une désinformation. D’une manière indirecte, le financement public fonctionne par un système de réduction de taxes de 100 % pour les sponsors des arts à travers la loi fédérale la Lei Federal de Renúncia Fiscal (populairement appelée la loi Roanet). Cette forme de financement délègue la décision d’où et comment dépenser l’argent public aux mains des chefs du marketing des grandes compagnies et des multinationales qui préfèrent normalement appuyer de grands évènements ou des travaux commerciaux dirigés au grand public. De plus, cette pratique crée une fausse sensation de sponsorisation privée bien que les subventions soient, en pratique, publiques. Par conséquent, il n’existe presque aucun financement entièrement privé qui soit destiné au développement culturel dans le pays. Cependant, comme les festivals de danse, la majorité des institutions culturelles et de nombreux évènements bénéficient de ce mécanisme.
Il existe un grand débat sur les avantages et des désavantages de l’application de la loi d’exemption fiscale et un nombre croissant de professionnels du domaine culturel défendent publiquement sa fin ou sa révision.
Ces dernières années, la production de la théorie et de la connaissance sur la danse contemporaine est l’un des secteur qui s’est le plus développé. Son niveau de qualité a augmenté grâce au grand intérêt académique. L’intérêt de trouver un soutien plus stable a probablement orienté de nombreux étudiants en danse vers la recherche de nouvelles carrières académiques ; de nouveaux cours ont été créés, en se joignant à ceux déjà existants. Au Brésil, il existe actuellement à peu près 14 différents cours universitaires de danse ou rattachés à la danse ; une grande demande régionale exsite également pour la création de nouveaux autres cours. Dernièrement ont été créés des masters, des diplômes de post-graduation et des spécialisations au sein de diverses universités du pays. En 2006, le premier cours de Doctorat exclusivement centré sur la danse a été inauguré à l’Universidade Federal da Bahia - UFBA ; l’UFBA propose également des études supérieures, créées il y a plus de 50 ans, ce sont les plus antiques du pays. Pour une information plus détaillée, vous pouvez consulter le site : http://idanca.net/2007/07/05/nirvana-marinho-faculdades-danca-brasil
Le niveau académique a, en grande partie, contribué à la réduction du manque de documentations et de publications dédiées à la danse contemporaine. Certains chercheurs et étudiants dans le secteur de la danse et d’autres domaines limitrophes ont publié, ces dernières années, des articles, des dissertations critiques, des thèses, des livres sur la mémoire, le langage, la philosophie, la vidéo et les nouvelles technologies, des biographies, etc.. Un article, écrit par la chorégraphe et chercheuse paulista Nirvâna Marinho, avec une liste de publications est disponible sur le site web Idanca : http://idanca.net/2007/02/01/livros-de-danca
Entre les douzaimes de publications récemment publiées au Brésil, nous pouvons mentionner Lições de Dança, revue académique la plus importante du pays, organisée par Robert Pereira et Silvia Soter et qui est éditée par la Univercidade (Rio de Janeiro). Nous pouvons aussi citer la revue Humus qui est une initiative de Sigrid Nora (Rio Grande do Sul) avec des articles intéressants sur la danse contemporaine brésilienne. FID Editorial est une initiative de FID - Fórum Internacional de Dança qui a publié les thèses doctorales de certains académiciens brésiliens importants.
Idanca, www.idanca.net, est la publication en ligne la plus importante sur la danse contemporaine brésilienne. Idanca publie une sélection de textes nationaux et internationaux en Portuguais et en Anglais, des critiques, des interviews, des nouvelles actualisées chaque semaine avec auditions et autres, un agenda complet avec toute l’actualité de la danse contemporaine du Brésil et du monde, une galerie d’images avec les travaux de photographes et les vidéos d’artistes. Le site dispose aussi d’un espace spécifique pour la diffusion de la production académique du secteur danse.
La danse contemporaine brésilienne discute de plus en plus les questions contemporaines comme celle de l’hybridisme et du dialogue avec d’autres langages, de divers rapprochements au thème propre du corps, l’altérité, l’identité, la recherche sur les nouvelles technologies, le mouvement et/ou le non mouvement, etc.. Les artistes réalisent en même temps des recherches sur les particularités des différentes manières de mouvoir le corps brésilien et ce qui apporte la culture brésilienne à ces concepts cités précédemment.
Texte écrit par Marcos : Moraes et Isabel Ferreira, septembre 2007
Sources consultées : “Estudio del mercado de artes escénicas de Brasil” (étude du marché des arts scéniques du Brésil) par Articultura, textes de Nirvana Marinho publiés sur le site internet Idanca.